La nuit dernière, la seine, encore, les reflets sur l’eau noire, la vue sur le pont, le réel de plus en plus impalpable. Je ne sais pas pourquoi, passé un certain seuil, chez A, il y a toujours cette atmosphère brumeuse qui brouille tout... Et je me retrouve dans la pénombre calée dans ses immenses fauteuils faits pour la baise comme en dehors de moi-même. Des mains se pressent sur mes cuisses, leurs sourires se collent sur mes lèvres…ça tourne trop vite tout autour…Quelques instants plus tard, debout sur le balcon, dans le froid à fumer, je sais déjà que je vais refuser la proposition de J., je me tiens à cette idée tandis qu’à l’intérieur des verres se brisent, des épaules se dénudent, des corps se renversent, s’allongent, se plaquent, des voix se chauffent, des lèvres mouillent, dans les toilettes des lignes s’enfilent dans des billets de 50 euros…Et pour une fois je refuserai d’en prendre et j’en suis plutôt fière sur l’instant même si très vite ma petite voix me tiraille pourquoi t’as dit non alors que t’en crèves ? Vas-y prends en, il n’est pas trop tard, dis oui putain ! Déconne pas ! Mais qu’est ce que tu fous bordel ? Demain ça se paiera je le sais par un torticolis peut-être ou une envie pressante et je m’en mordrais les lèvres? Comme à chaque fois que je fais le contraire de tout ce que je désire…Pourtant la seule chose que je désire c’est…D’un coup c’est tellement limpide… tout ce qui me saute aux yeux, là dans cet appart’ où ne brillent que les flammes des bougies… la tristesse et l’ennui de toutes ces filles… La tristesse et l’ennui, la mienne, la sienne, la leur, toutes, la tristesse et l’ennui noyées dans des verres, sous des sourires en poudres. Et A. toujours aussi lumineuse et paumée avec son arrogance en béton armé…froide et implacable, si sévère envers elle-même que c’en est renversant quand elle te caresse la joue et les hanches avec ce sourire que je connais si bien…Lui éviter de faire la seule chose qu’elle pourrait regretter… Et pour couronner le tout, K. vient me perturber en concluant « tu es une vraie gentille toi » pff non des fois j’aimerais juste qu’en soirée elle laisse de côté son job de psy… A trois heures sur le pont, je tangue un peu sur le trottoir, je regarde la ville, la nuit, je me parle, je parle à la lune comme avant… je ne pense qu’à mon lit… juste envie de fermer les yeux sur cette nuit en dehors de tout et pourtant…peut-être au plus près de moi-même.