jeudi 17 décembre 2009

Charnière

Réécouter cet album, loupé à sa sortie. Du coup j’avais mis quelques mois avant de tomber dessus. C’était la période où je trainais mon cul mais pas trop ma tête entre Asnières, porte de Clichy et le boulevard Malesherbes. Hiver 00. Réécouter cet album en regardant la pochette. Et retrouver ce bleu là, dense et à la fois soluble, celui où tu ne sais jamais s’il s’agit de la fin du jour ou de son commencement. Alors me perdre un peu dans cet entre deux qui me plait, et dans lequel je me sens le mieux. Sans doute parce qu’à lui seul, il résume dans le fond assez bien l’idée du changement et de tous les possibles.
Depuis quelques nuits je le glisse dans mes oreilles. Et ça ne m’étonne pas. Cet album il sent la neige et le froid. Hier soir encore, je repassais le premier morceau, planquée sous ma couette, et comme à chaque fois, c’est un peu respirer l’air du temps. Roissy pour son taf et le mien quelques années plus tard. Une salle d’attente. Où tu ne saisis pas encore la teneur de ce que tu perds et encore moins de ce que tu vas trouver. Une salle d’attente où tout s’entrechoque. Et condensées sur les vitres qui dégoulinent, toutes les tensions. Les espoirs au sol et ceux qui décollent. Cet album, c’était ça. J’étais là, exactement, entre l’achèvement d’une chose et le début d’une autre. Avec des tas de projections connes et inimaginables.
Sur certains accords, c’est sa main qui saisit mon cou par derrière. C’est la flamme dangereuse dans ses yeux. C’est mes envies de baise par terre qui la surprennent avant d’apprendre. C’est ma langue sur son piercing au sein gauche. Son corps tendu dans l’attente que je trouve l’autre un peu plus bas. C’est son tatouage énorme qui ne lui plaît plus sur sa hanche et que je découvre pour la première fois.
Quelque part au fond, je sais désormais qu’elle appartiendra sans doute à ça. A ces filles dont je croise le regard un instant, à celles qui m’attirent sans un sourire et qui me poursuivent longtemps après... Après ? C’est… au-delà des mots, de l’absence, du silence. Au-delà. Simplement.
Réécouter cet album au final, c’est entrevoir, un instant, la dissolution d’une jouissance, à défaut d'un autre mot, plus fragile et fugace aussi. Insuffisant, même, à retenir. Tellement fragile qu’à l’écrire j’aurais peur qu’il se casse. Y a des mots qui pour moi n’existent que dans le murmure, c’est comme ça.

Elle ne voulait pas de ce genre de relation là. Charnière, elle disait. Pourtant c’était exactement ça.

vendredi 20 novembre 2009

Immobile

Cette nuit là, je ne sais plus si le vent soufflait violemment ou pas. Je ne sais plus si les étoiles jouaient à cache-cache. Je ne sais plus comment je me suis rongée les ongles et la peau, ni sur quel morceau je m’étranglais. Je ne sais plus quelle saveur avait l’alcool dans mes veines et encore moins celle de l’air. Je ne sais plus le cœur incendié si je me suis trainée par terre comme une merde ou si j’ai hurlé, les yeux brûlants, comme une bête qu’on écartèle.
Cette nuit là, je ne sais plus si mes fenêtres ont pleuré et si oui de quel côté ?

Cette nuit là, sans bouger, quelque chose s’est déplacé.

lundi 16 novembre 2009

Courants d'air

Ce week-end, à défaut de m'entourer d'une écharpe, je me suis entourée de silence. Un silence doux et apaisant, mais bon, je me suis pris du vent plein la gueule aussi, et des larmes plein les joues du coup. Au feu rouge, un type m’a matée d’un drôle d’air. Mais quoi, ça t’arrive jamais de rouler avec un casque sans visière ?

Depuis même si je sens monter la fièvre, j’ai juste envie de garder son sourire sur mes lèvres.

lundi 9 novembre 2009

Fenêtre sur cour

La semaine dernière, à l’heure mutante du matin, entre les baffes du vent et celles de la pluie, j’ai entendu le petit carillon de mon voisin. Fragile et soumis ficelé à la rambarde, dans sa lutte impressionnante, même balloté et fouetté par le temps, il semblait s’en foutre, il en faisait quelque chose de tout ce qui souffle, malmène et renverse. Il jouait son air. Je l’ai écouté un petit moment, immobile dans mon lit. Il me parlait de danses et de tourbillons... Et je me suis vue sourire parce que lorsque je regarde tout autour les histoires naissantes, celles qui prennent vie en chair et en os, celles qui se dessinent plus fébrilement et qui trébuchent par trac ou maladresse et puis celles qui s’attirent et qui savent se le dire, celles qui s’activent qui tissent et attisent, pas froid aux yeux, c’est un peu comme cet air qui sait filtrer la lumière.
Elles sont capables de ça et rien que ça, c’est un sourire qui me laisse sans voix.

dimanche 8 novembre 2009

Absences

Si elle était là cette nuit, je sais ce qu'elle me dirait. Elle serait un peu en colère et je ne pourrais pas lui en vouloir. Je ne serais pas très fière de moi. Je ne le suis pas.
Quand elle rentrera, elle me demandera pourquoi. Et je ne pourrai pas répondre. Elle me dira qu'il est peut-être temps et je serai d'accord avec ça.

samedi 7 novembre 2009

En dehors

La nuit dernière, la seine, encore, les reflets sur l’eau noire, la vue sur le pont, le réel de plus en plus impalpable. Je ne sais pas pourquoi, passé un certain seuil, chez A, il y a toujours cette atmosphère brumeuse qui brouille tout... Et je me retrouve dans la pénombre calée dans ses immenses fauteuils faits pour la baise comme en dehors de moi-même. Des mains se pressent sur mes cuisses, leurs sourires se collent sur mes lèvres…ça tourne trop vite tout autour…Quelques instants plus tard, debout sur le balcon, dans le froid à fumer, je sais déjà que je vais refuser la proposition de J., je me tiens à cette idée tandis qu’à l’intérieur des verres se brisent, des épaules se dénudent, des corps se renversent, s’allongent, se plaquent, des voix se chauffent, des lèvres mouillent, dans les toilettes des lignes s’enfilent dans des billets de 50 euros…Et pour une fois je refuserai d’en prendre et j’en suis plutôt fière sur l’instant même si très vite ma petite voix me tiraille pourquoi t’as dit non alors que t’en crèves ? Vas-y prends en, il n’est pas trop tard, dis oui putain ! Déconne pas ! Mais qu’est ce que tu fous bordel ? Demain ça se paiera je le sais par un torticolis peut-être ou une envie pressante et je m’en mordrais les lèvres? Comme à chaque fois que je fais le contraire de tout ce que je désire…Pourtant la seule chose que je désire c’est…D’un coup c’est tellement limpide… tout ce qui me saute aux yeux, là dans cet appart’ où ne brillent que les flammes des bougies… la tristesse et l’ennui de toutes ces filles… La tristesse et l’ennui, la mienne, la sienne, la leur, toutes, la tristesse et l’ennui noyées dans des verres, sous des sourires en poudres. Et A. toujours aussi lumineuse et paumée avec son arrogance en béton armé…froide et implacable, si sévère envers elle-même que c’en est renversant quand elle te caresse la joue et les hanches avec ce sourire que je connais si bien…Lui éviter de faire la seule chose qu’elle pourrait regretter… Et pour couronner le tout, K. vient me perturber en concluant « tu es une vraie gentille toi » pff non des fois j’aimerais juste qu’en soirée elle laisse de côté son job de psy… A trois heures sur le pont, je tangue un peu sur le trottoir, je regarde la ville, la nuit, je me parle, je parle à la lune comme avant… je ne pense qu’à mon lit… juste envie de fermer les yeux sur cette nuit en dehors de tout et pourtant…peut-être au plus près de moi-même.

jeudi 5 novembre 2009

Sans issue...

Elle s’immisce et s’agite au creux de mon ventre, me retourne la peau à m’en arracher le cerveau. C’est à en crever, toutes ces luttes incessantes, tous ces désirs brûlants comme ces fantasmes jamais avoués. J’ai beau me débattre, rien n’y fait, y a toutes ces sangles qui s’abattent. Les pulsions qui me déchirent, m’effraient à tel point qu’elles m’attirent. Toujours, toujours plus loin.

Le cœur en accéléré, dans ce réel dilué, électrique et allumée, fais-moi court-circuiter !